14/04/2012

Refaire société, ateliers citoyens, logement social Wallonie

L'héritage contre le mérite

venant de http://logementsocialwallonie.blogspot.com/

Par Christian Baudelot - sociologue

 

"L'égalité des chances c'est de la peinture pour enrober la réalité ;

un système profondément inégalitaire".

 

Vous mettez en lumière dans votre livre l'adéquation qui existe entre l'échec scolaire et les origines sociales...

L'origine sociale et le capital culturel peut être ou gratifiante ou pénalisante. Dans tous les pays, les enfants d'intellectuels sont meilleurs élèves que ceux de paysans ou d'ouvriers.

En France (ndlr : et en Belgique) , les écarts varient dans des proportions considérables alors qu'ailleurs, certains arrivent à la rendre très faible, voire à la neutraliser. Nous sommes l'un des pays les plus inégalitaire et injuste socialement. Ici, pour apprendre il faut disposer d'une formation familiale adaptée.   

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Comment cela s'explique-t-il?

Le système scolaire est construit pour dégager une élite, par tous les moyens. La sélection s'opère à tous les étages: nous avons un système qui marche à l'élimination, avec des redoublements, des orientations vers le professionnel court, des filières plus ou moins prestigieuses.

Alors même que l'on ne cesse de parler de la méritocratie...

Ca, c'est comme l'égalité des chances: de la peinture pour enrober la réalité. Cette sélection n'est pas assumée. Or, tous les systèmes ne fonctionnent pas ainsi. Dans certains pays, il n'y a pas de redoublement, dès que des enfants éprouvent des difficultés, on les soutient...

Au Japon, les élèves aident leurs camarades en difficulté, et le prof cherche à ce que tout le monde progresse en même temps. Ce qui pose d'autres difficultés: ceux qui essaient d'en faire plus que les autres et d'avoir des résultats meilleurs, la fameuse "tête de classe" se fait taper sur les doigts! On valorise l'effort, le travail, pas les qualités innées.

Pour lutter contre l'échec scolaire, il faut des remèdes de cheval. Décider que c'est une cause nationale, comme le don d'organes... Tout le monde doit s'y mettre. Mais, l'individuel prime sur le collectif. Dans les années 70, la question de l'école était au coeur des débats publics. Aujourd'hui, l'éducation touche surtout la sphère privée. Les gens se moquent du système scolaire dans son ensemble, ils veulent juste que leur propre enfants soient dans les bons starkings blocks.

Qu'il y ait beaucoup d'enfants largués indiffèrent les gens, pourvu que leur fils ou leur fille ne soit pas dans le lot...

On peut en vouloir au ministre de ne pas avoir fait ceci ou cela, mais cette indifférence de la collectivité est beaucoup plus grave. L'enjeu est pourtant énorme: il en va de la cohésion nationale. A partir du moment où on laisse 20% des jeunes sur le bord de la route, avec le ressentiment que cela induit, cela créé une fraction de la population qui sera désespérée, que l'on ne pourra pas intégrer et qui souffrira beaucoup.

 

voir aussi les Ateliers du présent, Ateliers politiques pour citoyens et intellectuels engagés :

La République des Idées, plus que jamais convaincue qu’il est urgent de refonder les conditions de notre être-ensemble, lance les Ateliers du présent. Boîte à idées destinée à mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons, ils ont vocation à associer intellectuels, artistes, acteurs du monde social et politiques, au service d’une réflexion attentive aux enjeux de notre temps. Ce forum, ‹ Refaire société › en est la première édition. http://www.refairesociete.fr/

23:04 Écrit par InDignés | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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