30/05/2012

Un revenu c'est un dû, un emploi c'est un droit, réforme du chômage

CHOMARRE

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©Sylvain Piraux – Le Soir

Muriel, 32 ans, chômeuse : « Qu’on arrête de nous culpabiliser »

 

HUGUES DORZEE mardi 29 mai 2012 Le Soir

 

La réforme du chômage se prépare. Objectif : renforcer la dégressivité des allocations de chômage. Mais la colère monte. Témoignage d’une « intello précaire ».

 

C’est une « intello précaire » qui mois après mois s’efforce de « nouer les deux bouts ». Muriel a 32 ans. Elle est licenciée et agrégée en philosophie de l’ULB et séparée de son compagnon depuis plusieurs années. Elle élève en garde alternée deux enfants de 3 et 7 ans. « Je suis passée du couple standard au statut de “famille monoparentale précaire“ » sourit la jeune femme.

Elle est tantôt au chômage, tantôt prof ad interim. « Après mes études, j’ai travaillé comme animatrice, puis j’ai mis au monde mes enfants, avant de cumuler, comme bénévole, des petits boulots dans l’associatif non institutionnel (ciné club, musique, resto social…) », explique Muriel.

Elle n’a jamais travaillé à temps plein. Par nécessité, mais aussi par choix. « Je ne me vois pas 5 jours par semaine dans une classe. J’ai besoin de me nourrir ailleurs, d’être un pied dans d’autres réalités. Cela permet d’alimenter mes cours, d’être plus disponible, plus vigilante, plus en phase avec mon temps. Et puis quand je vois dans quel état on maintient l’enseignement aujourd’hui : les infrastructures qu’on laisse se délabrer, les classes surpeuplées, les profs démotivés… ».


Un statut précaire ? Somme toute. Entre allocation d’insertion (environ 940 euros) et salaire à temps partiel (entre 1200 et 1400 euros), elle doit assumer l’éducation de deux enfants. C’est loin d’être évident « J’ai un loyer de 500 euros. Je n’ai pas de voiture, on fait tout à vélo, en train, en bus, c’est parfois galère. Les vacances, c’est chez les copains. La moindre tuile, il faut gérer. On m’a volé mon appareil photo : impossible là d’en racheter un ».

Alors c’est le règne de la débrouille « Dans mon cas, le chômage partiel me permet d’avoir du temps, de (re)tisser des liens, de créer de la solidarité, d’apporter des petits services à la collectivité. Combien de lieux culturels, de groupes musicaux ou d’associations existent grâce aux chômeurs ? On l’oublie ! Il est grand temps qu’on arrête de nous culpabiliser et qu’on revalorise aussi le travail non salarié ».

La réforme annoncée des allocations de chômage ? Elle n’y pense pas trop. « Pour l’instant ». Et pourtant si celle-ci se confirme, elle aura 3 ans pour décrocher un travail, au risque de perdre une partie importante de ses revenus. « Il me reste à épouser un riche entrepreneur, sourit-elle. Avant d’ajouter, plus sérieusement : « Soit je dégote un poste de prof de moral ou de philo, mais c’est loin d’être évident. Mais où ? Pourquoi faire ? Soit je me réoriente, mais çà ne s’improvise pas ! Travailler à temps plein et courir comme une folle ? Je n’en vois pas le sens ni l’intérêt. Et quand je vois le monde du travail comme il tourne : stress, flexibilité, productivité, etc ».


Pour l’heure, Muriel tente de garder le cap. Elle élève ses petiots, file un coup de main dans un resto social, compte sur un interim comme enseignante en… janvier 2013 : « Un remplacement, 17 heures par semaine, dans 9 mois donc… ». Et la jeune philosophe de s’interroger sur « les réels profiteurs qui en ce temps de crise vivent sur les intérêts des impôts non perçus de leurs sociétés » ; sur « les pauvres qu’on accuse alors que c’est le système qui prend l’eau ».

Mais Muriel ne se plaint pas et savoure sa chance d’avoir un diplôme, des amis, des enfants, un tissu social. « De quoi nourrir mon enthousiasme, renforcer mon regard et ma vigilance »

19:21 Écrit par InDignés | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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